Mardi 15 août 2006

Pour en savoir plus sur le "négationisme" au Japon, je vous conseille ce dossier: http://www.amnistia.net/news/articles/negdoss/japnega/japnega.htm

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Aujourd'hui, 15 août les Chinois et Coréens célèbrent la capitulation du Japon suite à la seconde guerre mondiale. Pendant ce temps, au Japon se déroule O-bon la fête des défun. A cette occasion, le premier ministre japonais s'est encore rendu à Yasukuni. Ce qui pour la 6ième fois à provoqué les foudres de la Chine et de la Corée.

L'histoire est assez compliquée et peu souvent bien expliquée aux occidentaux. Je viens de trouver un article du Monde vraiment bien fait que je vais vous faire partager en partie.

Ces histoires entre le Japon et la Chine me tiennent à coeur, et pour cause... J'adore le Japon et les Japonais (j'ai eu l'occasion d'apprendre un peu le japonais pendant quelques années et de me rendre au Japon), mais j'adore aussi la Chine et les chinois (bon ça vous devez le savoir)... De plus la famille de mon mari étant originaire de Nanjing, ses grand-parents maternels et paternels ont donc frôlés la mort lors du tristement célèbre massacre de Nanjing (qui est aujourd'hui contesté par les extrémistes japonais).

Note: à la tv chinoise vient de passer un reportage sur une délégation de Japonais apportant des fleurs au musée du massacre de Nanjing. De plus lors que je l'ai visité au mois de juillet 2004, il y avait de nombreux origami réalisés par des petits écoliers japonais offerts à ce musée. Tout espoir est donc loin d'être perdu. :)

La mémoire empoisonnée du Japon
Philippe Pons
Article paru dans l'édition du 10.02.06
Article en entier disponible gratuitement en ligne ici

"...

 

Tous les 15 août, la commémoration de la défaite rassemble à Yasukuni des vétérans en uniforme et guêtres blanches portant des drapeaux du Soleil-Levant et des "baroudeurs" en treillis de l'extrême droite, donnant à la cérémonie une atmosphère de "kermesse héroïque". Mais, plus que cette célébration, ce sont les visites des premiers ministres qui suscitent l'indignation de l'Asie et d'une partie des Japonais : par leur présence, fût-ce à titre privé, l'Etat semble honorer des hommes condamnés par un tribunal international — dont Tokyo a accepté le verdict par le traité de San Francisco — et absoudre ainsi le passé militariste.

Depuis 2001, l'actuel chef du gouvernement, Junichiro Koizumi, y a fait cinq pèlerinages, provoquant une grave détérioration des relations avec la Chine et la Corée. En suggérant récemment que l'empereur se rende un jour en personne au sanctuaire, son ministre des affaires étrangères, Taro Aso, vient encore de jeter de l'huile sur le feu. Le 15 août 1985, le premier ministre Yasuhiro Nakasone effectua une première visite à Yasukuni, qui provoqua un tel tollé en Chine qu'il dut par la suite y renoncer. C'est à titre privé et à des dates différentes que ses successeurs sont venus plus ou moins discrètement en pèlerinage, à la demande de l'Association des familles des défunts de la guerre (1,3 million de foyers). M. Koizumi accéda à ses fonctions en partie grâce au soutien de ce puissant lobby conservateur, en promettant de se rendre au sanctuaire.

Yasukuni est au noeud des continuités souterraines entre l'avant et l'après-guerre dans lesquelles se mêlent considérations politiques et croyances religieuses. De l'ère Meiji à 1945, le culte shintoïste fut la religion d'Etat. Culte sécularisé et identifié à celui de la Nation sacralisée, il devint l'armature idéologique de l'ultranationalisme. Fondé en 1869, le sanctuaire fut un instrument de mobilisation nationale, cimentant les liens entre la population et l'empereur à travers la vénération des héros morts en son nom. "Nous nous retrouverons à Yasukuni !", lançaient les kamikazes partant pour leur dernière mission. A l'exception de nostalgiques, ce n'est pas le culte national que célèbrent la plupart des huit millions de fidèles qui font chaque année le pèlerinage à Yasukuni. Ils viennent prier pour le repos de l'âme de leurs morts. Dans les croyances populaires, les morts deviennent des esprits. Et, plus que toute autre, l'âme des défunts décédés tragiquement doit être apaisée pour atteindre à la paix dans l'au-delà. Une croyance qui explique la résistance des familles des victimes de la guerre à admettre que celle-ci fut une "agression" et que leurs parents sont, par conséquent, morts pour une cause injuste.

Les âmes des défunts sont-elles pour autant satisfaites d'être honorées avec celles des hommes qui les menèrent à la mort et, aujourd'hui, otages des vivants, de contribuer à nourrir le négationnisme ? Car Yasukuni n'est pas qu'un sanctuaire pour le repos des morts : il véhicule aussi un message politique.

Dans le parc, derrière les pavillons, on tombe ainsi sur un monument dédié à la police militaire, responsable de la répression menée contre les Japonais opposés au militarisme. Un musée de la guerre est en outre situé dans l'enceinte du sanctuaire. "Yushu-kan" (pavillon pour apprendre auprès des hommes de bien) est dédié aux "combats qui ont fait le Japon moderne". Rénové en 2003, il retrace l'émergence de la puissance militaire nippone et célèbre la bravoure des soldats.

A l'entrée est exposée la locomotive qui circulait sur la voie ferrée de la frontière de la Birmanie et du Siam : "La construction de cette voie ferrée fut d'une extrême difficulté", peut-on lire sur la notice explicative. Assurément : "voie ferrée de la mort", elle coûta la vie à 60 000 travailleurs javanais, birmans, malais et chinois et à 15 000 prisonniers de guerre. Il n'est fait aucune allusion au "coût" humain de cet épisode illustré par le film Le Pont de la rivière Kwaï. A côté, est exposé un chasseur Zero. On apprend que ces appareils, les plus performants de l'époque, furent utilisés à Chonqging, en Chine, en 1940. Ce qui n'est pas dit, c'est que les raids sur la ville firent 20 000 morts civils. Tout aussi elliptique est le traitement de l'"incident" de Nankin, en 1937.

Au fil d'une vingtaine de salles, avec, en musique de fond, des marches militaires, on voit le Japon en guerre, mais on ne saisit guère l'origine de celle-ci, sinon que le pays "n'avait pas d'autre choix pour défendre son indépendance"... De la guerre sino-japonaise (1894-1895) à celle avec la Russie (1904-1905), en passant par la "guerre de quinze ans" en Chine (1931-1945), l'ennemi est invisible. Comme les peuples asiatiques que le Japon "libérait".

Parmi les milliers de photographies des morts pour la patrie, figure celle du général Hideki Tojo, avec la mention "mort juridique" (c'est-à-dire exécuté). Selon l'Encyclopédie de Yasukuni, publiée par le sanctuaire, les criminels de guerre furent "cruellement exécutés sous l'accusation fallacieuse de crimes de guerre par un tribunal asservi aux forces occupantes". Dès 1953, des lois accordèrent aux familles des condamnés les mêmes avantages qu'à celles des morts pour le pays.

"Nous devons juger nos responsabilités par nous-mêmes, et il est regrettable que nous ne l'ayons pas fait", écrit Okinori Koya, ancien ministre des finances du cabinet Tojo, condamné à la prison à perpétuité par le tribunal de Tokyo, et qui retourna à la vie publique dix ans plus tard. "Sans examiner nos erreurs, nous ne pourrons jamais honorer sereinement la mémoire de nos morts", estime Yoshibumi Wakamiya, éditorialiste en chef du quotidien Asahi.

Plus que des excuses et des remords — exprimés à maintes reprises —, seule l'exploration, par les Japonais eux-mêmes, des responsabilités de leurs dirigeants libérerait Tokyo de l'hypothèque que fait peser ce passé mal assumé sur ses relations avec ses voisins. Mais c'est mettre en cause la responsabilité, morale au moins, de l'empereur Showa (Hirohito). C'est aussi souligner celle de l'occupant américain, qui exonéra l'empereur de toute faute et favorisa le retour au pouvoir de la droite afin de faire de l'Archipel un bastion de sa stratégie anticommuniste en Asie. Un héritage qui nourrit le négationnisme contemporain."

 

Par Elodie Xu - Publié dans : Divers sur la Chine...
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