Comme vous avez déjà du en entendre parler en Chine, on ne parle pas que mandarin (putonghua, la langue commune / standard). Il existe une multitude de langues, de dialectes. Dans ma région du Jiangsu, c’est le wu que l’on parle (吴语). Le wu regroupe aussi bien le shanghaien, le Suzhou hua (dialecte de Suzhou) que le Wuxi hua (dialecte de Wuxi). A priori (je dis bien à priori car je ne parle absolument pas le Wu !) chaque ville du Jiangsu a sa variante, mais au final tout le monde se comprends à peu près. A Zhangjiagang il semble y avoir une variante également, avec Kanbo on aime beaucoup entendre notre propriétaire parler. Cela donne a peu près ça : ptchi pss’tchi tchi.
D’après Wikipédia, le Wu est une « forme » du chinois… Toujours d’après l’encyclopédie en ligne, c’est la première langue non officielle mondiale avec quelques 800 millions de personne la parlant (ça m’étonne un peu tout ça...).
Enfin c’est vrai qu’à Zhangjiagang, j’entends souvent les gens se parler dans leur dialecte et non en mandarin. Par contre je n’ai absolument pas eu cette impression à Nanjing, j’ai l’impression que les gens étaient moins enclin à parler leur dialecte (mais bon c’est mon impression personnelle seulement ) … Le Nanjing hua est un peu à part: c'est une sorte de mélange entre la langue de l’Anhui (Jianghuai 江淮) et le Wu.
Malgré toutes ses langues qui cohabitent dans le Jiangsu, les gens ont l’air de plutôt bien s’en sortir et ne pas se mélanger trop les pinceaux... Là où je travaille, on parle bien sure Putonghua (mandarin) car de nombreux collègues sont des waidi (外地 des « non locaux »). Enfin il n’y a qu’à la gare routière de Nantong qu’il semble y avoir de petit problème de communication.
« SVP parlez en putonghua » dit le panneau près du guichet. Signé "l'organisation de langue de Nantong".
Et moi dans tout ça ? (ça faisait longtemps que j'avais pas parlé de moi, au moins bien 10 lignes :p je pouvais plus résister)!
Et moi?
Et bien personne ne veut me parler en Putonghua… Mon homme me parle en Français (malgré mes coups de gueule, mes cris, mes menaces de divorces, de prendre des 10 chats et 3 chiens, de déménager, rentrer en France, ne pas avoir d’enfant, détruire ses jouets Transformers… Non, rien n'y fait. Alors j’ai fini par renoncer…)
Et au boulot, et bien on me parle en anglais (enfin sauf pour les trucs les plus compliqués et super techniques haha - le meilleur pour la fin quoi -). Ce n’est pas que je n’aime pas la langue de Shakespeare, mais je commence à en avoir ma claque. Je dois gentiment sourire face aux constructions de phrases parfois bien hasardeuses (surtout quand il manque le verbe ou qu’il n’y a aucun rapport logique entre les mots) et je dois me creuser le cerveau pour deviner et éviter de faire perdre la précieuse face des autres…
Deux exemples : mon chef m’expliquait un truc pour le boulot…. Blablabla… complex. Comme le « complex » semblait un peu sorti de nulle part, j’ai fait sans le vouloir ma tête « d’incrédule » qui a forcément interpellé mon chef. J’ai donc lancé un « complex ? » timidement, auquel il s’est empressé de me déclarer fièrement « c’est pas grave si j’utilise des mots compliqués, tu peux me dire si tu ne comprends pas ». Et avant que mon cerveau est eu le temps d’enregistrer ces infos, mon chef m’avait déjà donné la définition de « complex ». Vous ne devinerez jamais : c’est comme notre bon vieux « complexe » à nous haha, je m'en serais jamais douté hein ;D. Au final j’aurais jamais réussi à comprendre ce qu’il a voulu me dire ce jour la, et je crois qu'il a acquit la certitude depuis que je ne parle pas si bien anglais que ça.
Une autre fois il voulait me faire la conversation et me sort : « France bloubiglouba road ». Moi : « heuh ? ». Il se retourne face à son collègue : « merde comment je peux dire en anglais: est-ce qu’en France on répare souvent les routes ». Forcément j’ai dû dissimuler mon air rageur de « ‘tain tu me parlerais en chinois je comprendrais dès le début »… comme il ne m'a pas laissé le temps de parler, j'ai eu le droit à une nouvelle version en anglais et j'ai donc été obligée de faire semblant d'avoir compris grace à ses explications :D
Une fois je l’ai bien eu tout de même. Il me disait « Elodie il faudrait que tu augmentes ton niveau de chinois pour faire signer des contrats et blabla». « Oui chef, mais faudrait que tu me parles déjà un peu en chinois pour me faire progresser ». (Lui en chinois) « Si je te parle en chinois, j’ai peur que tu ne comprennes pas parce que je parle trop vite » (moi en chinois) « pas de problème ». Il fut fort surpris. Quelques minutes plus tard il se tournait vers moi et me demandait de continuer quand même à parler anglais car… il doit améliorer son oral comme les dirigeants et gens important de la société parlent anglais.
Héhé je crois que dans mon entreprise ils ne le soupçonnent pas : mais je comprends bien plus que je ne devrais ;) Même si parfois cela peut être énervant genre quand une femme des RH vient faire visiter le bureau sourcing et sort un « bon l’étrangère là-bas elle parle pas trop chinois, alors on lui parle pas trop ». J’avoue qu’au final j’ai un énorme avantage que de faire semblant de ne pas comprendre : je vais bien finir par entendre « malencontreusement » quelques petits secrets haha.
Et puis quel bonheur par la suite de leur répondre chinois avec insistance et de les voir se rendre compte avec étonnement de leur erreur « mais tu parles trop bien chinois ! ».
Je tiens à préciser quelque chose. Souvent en Chine si vous sortez rien qu’un « nihao » on aura tendance à vous dire : « mais wahouuuuuuuuuuuuu, mais ahlalala que tu parles trop bien chinois !! Mais ça fait combien de siècle que tu es en Chine parce que incroyable quoi !!! » (J’exagère à peine hein lol). Par contre j’ai l’impression que quand on est dans une situation comme travail ou école, les chinois sont nettement plus septique quand à la capacité des étrangers à manipuler leur langue. Pour eux cela coule souvent de source que leur anglais -médiocre ?- ne peut être que meilleur que notre chinois de laowai. Ceux qui ont le moins d’illusion sur leur anglais abandonneront souvent toute tentative inutile de communiquer avec un laowai ou au mieux parlerons chinois dans leur barbe sachant très bien que c’est « dans le vent ».
Ceux qui parlent anglais sont peut être plus accueillant, mais j’ai comme l’impression qu’il est difficile de les faire parler autre chose que l’anglais (ceux-ci sont en effet bien trop contents de parler anglais pour s’amuser et progresser). Moi finalement, j’aime surtout parler chinois avec les étrangers et mes amis coréens :p
Note: je dois rectifier un truc: y a des chinois qui parlent super bien anglais ;) et 10 000 fois mieux que moi^^
Mon chef parle d'ailleurs assez bien anglais ce qui me facilite la vie pour comprendre la plupart des consignes ... C'est juste que parfois je me fache un peu sur les remarques sur mon niveau supposé de chinois qu'il ne connait pas vu qu'il ne parle pas avec moi en cette langue grr.